La leçon précédente a listé ce qui justifie de dessiner. Celle-ci s'attarde sur le cas inverse, parce qu'il est statistiquement le plus fréquent sur un tournage à équipe réduite : la scène dialoguée, simple, dans un décor maîtrisé.
Trois signes se cumulent en général sur ces scènes :
Peu de personnages, un ou deux, rarement plus de trois.
Un décor unique et déjà repéré, sans surprise géographique.
Un découpage simple, dont vous avez déjà l'ordre et les valeurs de plan grâce au découpage technique — champ, contrechamp, un ou deux plans de coupe.
Sur ce type de scène, dessiner n'ajoute presque rien à ce que la shot list dira déjà : l'ordre des plans, l'échelle, l'angle, la durée estimée. Le temps de préparation gagné à ne pas dessiner peut se réinvestir ailleurs — répéter avec les comédiens, affiner le plan au sol, préparer la scène suivante qui, elle, en a réellement besoin.
Ce que la shot list fait, que le storyboard ne ferait pas mieux#
Une shot list correctement construite — objet du chapitre 3 de ce cours — indique déjà : l'ordre de tournage, l'échelle et l'angle de chaque plan, la durée estimée, ce qu'il reste à couvrir. Pour une scène dialoguée simple, c'est exactement l'information dont votre équipe a besoin pour exécuter. Un dessin n'ajouterait qu'une image que chacun peut déjà se représenter correctement à partir du texte et de la notation.
Ne pas confondre « ne pas dessiner » et « ne rien préparer »#
Ne pas storyboarder une scène ne veut jamais dire ne rien documenter. Cette scène recevra tout de même une shot list complète et un plan au sol si elle comporte un déplacement — deux documents que ce cours vous apprend à produire dans les chapitres suivants. Le storyboard sélectif retire un document précis de la liste, il n'en dispense d'aucun autre.
Une scène dialoguée, à peu de personnages, dans un décor maîtrisé, se règle généralement sans storyboard.
La shot list, bien construite, contient déjà l'information nécessaire à l'exécution de ces scènes.
Ne pas dessiner une scène ne dispense jamais de sa shot list ni de son plan au sol si elle comporte un déplacement.
Le test décisif : si votre équipe exécute sans reposer de question à partir de votre explication orale et de la shot list, la scène ne réclamait pas de dessin.
Vous avez maintenant tous les éléments de la doctrine : quand dessiner, quand s'en dispenser. L'atelier qui suit vous fait trier une séquence complète selon ces critères.