Un document sans destinataire est un document décoratif. Avant d'apprendre à fabriquer quoi que ce soit, il faut savoir précisément qui va le lire, et ce que cette personne fera concrètement à partir de lui. C'est le fil conducteur de tout ce cours : chaque document existe pour quelqu'un, pas pour prouver votre sérieux de réalisateur.
Si vous avez suivi le cours Initiation à la préproduction audiovisuelle, vous savez déjà ce qu'est un storyboard : une suite de dessins ou d'images représentant les plans d'une scène, les trois types (simple, détaillé, technique), la notation des échelles de plan et des mouvements, et comment en produire un vous-même sans savoir dessiner. Ce cours ne revient pas là-dessus.
Ce que ce cours ajoute, c'est un changement de point de vue. Là où Initiation à la préproduction audiovisuelle traite le storyboard comme un livrable de préproduction — un document parmi le brief, le cahier des charges, le budget et le planning, celui qu'on montre au client et qu'on classe dans le dossier — ce cours le traite du point de vue du réalisateur en train de décider sa mise en scène. La question n'est plus « comment produire une planche correcte », mais « quelle scène mérite d'en avoir une, et laquelle n'en a pas besoin ». Et ce cours ajoute trois documents que la préproduction générale ne couvre pas : la shot list, le plan au sol, et la prévisualisation.
Le premier lecteur d'un storyboard, c'est vous. Il sert à vérifier que votre découpage raconte quelque chose une fois mis en image, avant que quiconque d'autre n'ait besoin de le regarder. Le deuxième cercle de lecteurs — chef opérateur, comédiens, client — vient ensuite, et seulement pour les plans qui le justifient.
La shot list n'est presque jamais relue après le tournage. Elle est faite pour être tenue en main, cochée, raturée, annotée en temps réel par le premier assistant réalisateur, la scripte s'il y en a une, et vous-même. Son destinataire est précis : celui qui doit décider, à onze heures du matin, si l'équipe a le temps de tourner encore trois plans avant la pause.
Le plan au sol répond à une question que le storyboard ne pose jamais : où, physiquement, dans ce décor précis, se trouvent la caméra, les comédiens, les sources de lumière ? C'est le document que vous et votre chef opérateur consultez avant d'installer quoi que ce soit, pas après.
Une prévisualisation sert à tester une séquence avant d'engager une journée de tournage dessus — le montage rapide d'une scène d'action, un plan-séquence complexe, une chorégraphie précise. Son destinataire est quiconque doit donner un accord avant que le plateau ne coûte de l'argent : vous-même en premier, un producteur ou un partenaire ensuite si la séquence l'exige.
Document | Destinataire principal | Ce qu'il permet de décider ou d'exécuter |
|---|---|---|
Storyboard | Vous, puis chef opérateur/client selon le cas | Vérifier que la scène raconte quelque chose en image |
Shot list | Équipe de tournage, en temps réel | Que tourner, dans quel ordre, ce qu'on a coché ou sauté |
Plan au sol | Chef opérateur et vous | Où placer caméra, comédiens, lumière avant de bouger quoi que ce soit |
Prévisualisation | Vous, équipe restreinte, producteur | Si la séquence fonctionne avant d'engager le plateau dessus |
Vous savez maintenant à qui s'adresse chaque document. Reste à savoir pourquoi certains professionnels affirment, avec des arguments sérieux, que l'un de ces documents ne mérite pas d'être produit du tout.