Le débat de la leçon précédente appelle une décision opérationnelle, pas une opinion. Voici la doctrine que ce cours défend, et qu'il vous apprend à appliquer : le storyboard sélectif. On ne dessine que les scÚnes dont la complexité, le risque ou le coût le justifient ; pour tout le reste, la shot list suffit.
Cinq critĂšres pour dessiner une scĂšne#
Aucun de ces critÚres, pris isolément, n'oblige à dessiner. C'est leur cumul, ou leur intensité sur un seul, qui fait basculer la décision.
- L'action physique. Une cascade, une bagarre, une course, un geste technique prĂ©cis â le storyboard fixe une chorĂ©graphie avant qu'elle ne mette en danger un comĂ©dien ou un cascadeur.
- L'effet Ă obtenir. Un effet visuel, un raccord complexe, un jeu de miroir ou de reflet â le storyboard vĂ©rifie que l'effet est physiquement rĂ©alisable avant de mobiliser le plateau pour le tenter.
- Le nombre de figurants ou d'Ă©lĂ©ments Ă coordonner. Une scĂšne de foule, plusieurs axes de circulation simultanĂ©s â le storyboard sert Ă briefer un grand nombre de personnes qui ne peuvent pas toutes entendre vos explications orales en mĂȘme temps.
- Le plan Ă vendre. Une scĂšne qui doit convaincre un producteur ou un partenaire avant d'obtenir un budget â le storyboard, ici, remplit une fonction de preuve autant que de prĂ©paration.
- Le coĂ»t d'un Ă©chec de tournage. Un dĂ©cor louĂ© une seule journĂ©e, un comĂ©dien disponible une seule fois, une mĂ©tĂ©o qui ne se reproduira pas â plus l'erreur coĂ»te cher Ă rattraper, plus la scĂšne mĂ©rite d'ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e sur le papier avant d'ĂȘtre tournĂ©e.
Ce qui ne mĂ©rite gĂ©nĂ©ralement pas d'ĂȘtre dessinĂ©#
à l'inverse, une scÚne dialoguée à deux personnages, dans un décor simple, sans effet ni figuration, se rÚgle presque toujours à la shot list seule : l'ordre des plans, les valeurs, les raccords à surveiller suffisent à l'équipe pour tourner correctement. Dessiner cette scÚne prend un temps de préparation que vous ne récupérerez jamais, pour un gain de lisibilité que la shot list offre déjà .
L'outil de décision#
Utilisez l'outil ci-dessous pour tester votre propre jugement sur des scĂšnes types. DĂ©crivez une scĂšne selon ses caractĂ©ristiques â action, dialogue, effet, figuration, jours de tournage disponibles â et l'outil affiche sa recommandation ainsi que le raisonnement complet qui y conduit. L'objectif n'est pas de vous substituer votre jugement, mais de vous permettre de comparer votre arbitrage Ă un raisonnement explicite, transfĂ©rable Ă une Ă©quipe qui doute de votre choix.
Une doctrine, pas un dogme inverse#
Le storyboard sélectif n'est pas non plus un prétexte pour ne jamais dessiner. Une équipe qui ne dessine jamais rien, par principe, retombe dans l'excÚs inverse de celui que dénonçait la leçon précédente : elle prive certaines scÚnes d'un outil qui leur aurait évité une reprise de tournage. La sélection suppose un examen réel, scÚne par scÚne, pas une réponse automatique.
SynthĂšse#
- Le storyboard sélectif : ne dessiner que les scÚnes dont la complexité, le risque ou le coût le justifient.
- Cinq critÚres à examiner : action physique, effet à obtenir, coordination de figurants, plan à vendre, coût d'un échec de tournage.
- Une scÚne qui ne coche aucun critÚre avec intensité se rÚgle à la shot list seule.
- La sélection se défend devant une équipe : c'est un raisonnement, pas une excuse.
Vous savez désormais dessiner ce qui le mérite, et vous avez un critÚre pour le reste. Reste à préciser ce « reste » : quand la shot list suffit-elle vraiment, et à quoi le reconnaßt-on avant de commencer à dessiner ?