Avant de concevoir un projet de série, il faut savoir pour qui on écrit — pas au sens du public, mais au sens de l'acheteur. Une série ne se finance pas comme un long métrage : elle se pré-achète, se commande, ou se produit en interne par un diffuseur qui en garde la propriété. Comprendre cette chaîne, même sans jamais discuter de montants, change directement la façon dont on calibre un projet.
Le paysage dominant au foyer ouest-africain francophone reste le bouquet satellite : les chaînes qui y diffusent commandent et achètent l'essentiel du volume sériel régional. Canal+ occupe une place centrale dans ce paysage, à travers plusieurs canaux : ses chaînes généralistes, sa marque Canal+ Original, qui produit des feuilletons quotidiens panafricains — Le Futur est à nous, lancé le 5 septembre 2022 —, et Novelas TV, chaîne entièrement consacrée à la télénovela doublée, qui a atteint plus de 10 % de parts d'audience panafricaines selon Africascope 2017 (Kantar), mesure de septembre 2016 à juin 2017 — une donnée qu'il faut, à nouveau, traiter comme datée de neuf ans, et non comme un état actuel du marché.
La chaîne A+, autre acteur généraliste diffusant en Afrique francophone, commande également des feuilletons produits localement : elle a lancé, le 28 janvier 2026, la saison 2 des Nounous, en élargissant son casting à des acteurs venus d'autres pays africains — un signe que la production circule désormais au-delà d'un seul pays d'origine.
Le volume que produisent ces diffuseurs n'est pas anecdotique : un feuilleton quotidien de 60 épisodes suppose une commande longue, un engagement de production sur plusieurs mois, une équipe d'écriture organisée. Un projet conçu pour ce marché doit être pensé dès le départ pour ce volume — ce qui, concrètement, signifie une bible capable de soutenir des dizaines d'épisodes, pas seulement les trois ou quatre premiers.
À l'inverse, un projet de mini-série calibré sur huit épisodes vise un marché de commande différent : moins de volume, mais une exigence de fin écrite et maîtrisée dès la conception.
Cette leçon s'arrête volontairement avant un sujet entier : le financement d'une série — guichets, coproduction, montants de préachat par un diffuseur. Ce sujet appartient à un autre cours de ce cursus, REAL-EEJ-02, consacré au financement de projets audiovisuels. Ce cours-ci traite la contrainte économique comme un fait d'écriture — ce qu'elle impose au calibrage d'un projet, au volume d'une bible, au rythme d'une saison — jamais comme un montant à négocier ou un dossier de financement à monter.
De la même façon, ce cours ne traite pas de l'organisation de plateau ni du plan de travail d'un tournage : ce sujet relève de FILM-PROD-03. Vous écrivez ici pour un marché réel, avec ses contraintes réelles, mais vous restez du côté du texte.
REAL-EEJ-02.L'étude de cas qui suit vous met devant trois régimes de production réels, diffusés en Afrique de l'Ouest, et vous demande d'identifier, pour chacun, la contrainte d'écriture qui l'oppose aux deux autres.