Un scénariste qui commence à écrire un épisode sans connaître sa durée exacte, sa case de diffusion et le nombre de coupures publicitaires qu'il devra ménager travaille à l'aveugle. Ce n'est pas une exagération : ces trois éléments, fixés en amont par la diffusion, déterminent une part énorme des décisions d'écriture, bien avant la première réplique.
Un épisode de 26 minutes (format du quotidien, à l'image du feuilleton Le Futur est à nous, lancé le 5 septembre 2022) ne contient pas « moins » d'un épisode de 50 minutes : il contient une structure différente. Un format court impose un nombre de scènes réduit, chacune devant faire progresser l'intrigue plus vite, avec moins de scènes de respiration. Un format long, typique de la mini-série ou de la série feuilletonnante hebdomadaire, autorise des scènes de texture, des sous-intrigues secondaires, des moments de calme entre deux pics de tension.
Ce n'est donc jamais à l'auteur de décider en premier combien de scènes il écrira : c'est la durée imposée par la diffusion qui fixe ce nombre, et l'auteur qui doit apprendre à raconter dans ce cadre.
Un épisode diffusé avec coupures publicitaires — le cas de la majorité des feuilletons quotidiens et des séries panafricaines diffusées sur les chaînes généralistes — n'est pas un texte continu interrompu de l'extérieur : il est composé, dès l'écriture, de blocs séparés par une pause forcée. Chaque bloc doit se terminer sur un moment suffisamment chargé pour retenir le spectateur pendant la coupure, et le bloc suivant doit relancer sans tout redire.
Un épisode diffusé en intégralité, sans coupure — le cas fréquent des mini-séries diffusées d'un bloc — n'a pas cette contrainte : sa structure interne peut suivre un rythme continu, sans point de relance imposé toutes les six ou huit minutes.
Une chaîne qui programme un épisode quotidien attend un flux régulier de scripts livrés, tournés, montés, diffusés — sans interruption, sur des mois. Cette cadence n'est pas négociable une fois le feuilleton lancé : elle impose, en amont, une organisation d'écriture en atelier collectif (que le chapitre 5 de ce cours détaille), une avance de plusieurs semaines sur les épisodes tournés, et une bible suffisamment précise pour que plusieurs auteurs puissent écrire en parallèle sans se contredire.
À l'inverse, une mini-série ou une saison feuilletonnante diffusée en bloc laisse le temps d'un travail d'écriture plus séquentiel : une saison entière peut être écrite avant le début du tournage, ce qu'aucun quotidien ne permet jamais.
Après le tableau comparatif des quatre régimes, la leçon suivante élargit le regard à l'économie qui produit ces régimes en Afrique de l'Ouest : qui produit, qui diffuse, qui achète, et à quel volume.