Long métrage fictif utilisé comme fil conducteur d'une partie de ce corpus. Ousmane Diagne, 24 ans, pêcheur à Guet Ndar (Saint-Louis du Sénégal), a promis à son père mourant, Elhadj, de quitter la mer. Peu après, un incident aux eaux mauritaniennes — trois pirogues arraisonnées, des hommes du village détenus — laisse la flotte sans chef. Le doyen Mor Sarr pousse Ousmane à prendre la tête de la flotte ; Babacar Fall, jeune pêcheur ambitieux, convoite la même place ; Fatou Ndoye, la fiancée d'Ousmane, l'attend à Dakar. Awa est la jeune sœur d'Ousmane.
Défaut : intention. La scène ne sait pas ce qu'elle fait. Elle mélange une intention affective (arracher une promesse) et une intention informative (raconter l'histoire familiale de la pirogue), et n'accomplit pleinement ni l'une ni l'autre.
Raisonnement du diagnostic. La scène prétend être le moment où le film pose sa contrainte centrale (la promesse). Mais la moitié de son texte sert à informer le spectateur sur l'histoire de la pirogue et des morts en mer — une intention différente, documentaire. Et la promesse elle-même est accordée sans la moindre résistance : Ousmane dit oui à la première demande. Sans intention unique et sans opposition, la scène ne produit ni émotion ni enjeu dramatique — seulement de l'exposition mise en scène.
Version réparée
Ce que la réparation change. Toute l'exposition (nom de la pirogue, trente-deux ans, les morts en mer) est coupée : le film pourra la distiller ailleurs, en image ou en une ligne, s'il en a besoin. La scène a désormais une seule intention — obtenir la promesse par la contrainte physique d'un mourant — et une résistance réelle, même brève, qui rend la promesse coûteuse plutôt que gratuite. Le silence final, sans remerciement, signale que cette promesse est arrachée, pas offerte : le film pourra plus tard la remettre en question sans se contredire.
Défaut : enjeu. Rien de concret n'est en jeu pour Ousmane dans la scène : ni ce qu'il gagne, ni ce qu'il perd, ni de délai, ni de rival visible.
Raisonnement du diagnostic. La scène informe (il faut un chef, Ousmane est pressenti) mais ne coûte rien à personne : Ousmane peut dire « je ne sais pas » sans qu'aucune conséquence, positive ou négative, ne s'attache à sa réponse. Aucun rival ne conteste sa légitimité dans la pièce, aucune échéance ne pèse sur la décision. Une scène qui informe sans faire risquer quoi que ce soit à son personnage principal reste plate, quel que soit le sujet qu'elle traite.
Version réparée
Ce que la réparation change. Trois enjeux concrets apparaissent simultanément : un enjeu personnel (accepter revient à publiquement contredire la promesse faite à son père, sous les yeux de sa mère), un enjeu collectif chiffré (la zone de pêche perdue pour la saison si personne ne répond avant vendredi), et un enjeu relationnel (Babacar conteste ouvertement sa légitimité). Le silence final d'Ousmane n'est plus une esquive sans conséquence : c'est un personnage suspendu entre trois pertes possibles, sous le regard de tous.
Défaut : progression. La scène commence et se termine dans le même état : même accusation, même déni, aucun déplacement de ce que les personnages savent ou de leur rapport de force.
Raisonnement du diagnostic. La ligne d'accusation-déni tourne trois fois sur elle-même sans varier. Le dossier posé sur la table promet un mouvement (une pièce à conviction) mais n'est jamais ouvert : c'est un accessoire qui simule une progression sans en produire une. À la dernière ligne, Djeneba est exactement dans le même état qu'à la première — impassible, niant, en position de force informationnelle face à Koffi.
Version réparée
Ce que la réparation change. Une information précise et vérifiable (une photo horodatée, contradictoire avec une déclaration antérieure) remplace l'accusation vague. Djeneba passe d'impassible à ébranlée en une réplique : la scène se termine dans un état différent de celui où elle a commencé, pour elle comme pour le spectateur, qui sait désormais que Koffi détient quelque chose de concret.
Défaut : information. L'information centrale du film (pourquoi la flotte a besoin d'un nouveau chef) arrive tard, sous forme de compte rendu résumé en voix off, après que le spectateur l'a déjà en grande partie reconstituée à partir d'indices épars.
Raisonnement du diagnostic. Ce flash-back arrive après les scènes du conseil des pêcheurs et du marché, qui ont déjà laissé entendre l'essentiel. Formulé en voix off, sous forme de compte rendu, il ne fait que confirmer ce que le spectateur savait déjà — sans tension, sans image active, sans rien à découvrir. Une information résumée après coup n'a plus de valeur dramatique, seulement documentaire.
Version réparée. Le flash-back en voix off est supprimé. L'information est distribuée en amont, par fragments perçus plutôt qu'expliqués : une radio qui grésille un nom pendant la scène du conseil (extrait n°2), Awa qui surprend un appel qu'elle n'était pas censée entendre, une place vide à la mosquée là où trois hommes avaient l'habitude de s'asseoir. Si un flash-back reste nécessaire, il ne montre qu'un seul instant à charge émotionnelle personnelle pour Ousmane — par exemple lui apercevant la vedette des garde-côtes et choisissant de ne pas prévenir à temps la pirogue de son cousin — jamais un résumé des faits.
Ce que la réparation change. Le spectateur assemble l'information par lui-même, ce qui produit de la tension au lieu de la confirmer après coup. Le flash-back, s'il est conservé, devient porteur d'un choix du personnage plutôt que d'un rapport de faits — seul le cinéma, pas l'exposé, peut le transporter.
Défaut : rythme. La scène passe l'essentiel de sa durée sur une texture sociale incidente avant d'arriver, tardivement, à la seule information qu'elle a réellement à transmettre.
Raisonnement du diagnostic. La négociation du prix du poisson et l'échange avec Vieux Lamine occupent près des deux tiers de la scène sans jamais reservir ailleurs dans le film, ni caractériser Awa d'une façon dont l'histoire a besoin. Le rapport entre la durée de la scène et ce qu'elle transporte réellement (une seule information) est déséquilibré.
Version réparée
Ce que la réparation change. L'information arrive dans les six premières lignes au lieu des treize dernières. Rien de ce qui a été coupé (le prix du poisson, Vieux Lamine, les enfants) ne manque à la suite du film : leur suppression ne coûte rien, ce qui confirme, a posteriori, qu'ils n'étaient pas nécessaires.
Défaut : fin. La fin annonce un résultat sans montrer la décision qui y mène, et ne règle aucun des fils que le film a ouverts (la promesse, Fatou, la rivalité avec Babacar).
Raisonnement du diagnostic. « Je vais le faire » clôt un choix qu'aucune scène n'a montré se former : pas de doute visible, pas de confrontation, pas de dernier geste envers le père, envers Fatou ou envers Babacar. Une fin doit être la dernière manche d'une partie que tout le film a jouée ; ici, elle annonce un score sans avoir montré le dernier point marqué.
Version réparée
Ce que la réparation change. Le geste au cimetière rend visible, en une action et une réplique, à la fois la trahison de la lettre de la promesse et la fidélité à son esprit — Ousmane reste, mais transforme la promesse de son père en règle de prudence pour la flotte. Babacar est présent, toujours contrarié : la rivalité n'est pas effacée, seulement provisoirement tenue. Le message non envoyé à Fatou signale un coût réel, non résolu par la scène — la fin ferme le fil principal sans prétendre refermer tous les autres.
Défaut : point de vue. La scène prétend donner accès simultanément aux pensées intérieures de deux personnages, ce qui est à la fois illisible sur la page et impossible à tourner tel quel.
Raisonnement du diagnostic. L'action décrit ce que Kady pense, ce que Yao se demande, ce que Kady pense que Yao pense, et ce que Yao regrette — quatre couches d'intériorité dans un seul paragraphe, dont trois ne sont pas descriptibles à l'image. Un scénario ne peut montrer que du comportement ; quand il feint de montrer une pensée, il écrit en réalité pour un roman, pas pour un plateau.
Version réparée
Ce que la réparation change. Le point de vue est verrouillé sur Kady : tout ce qui concerne Yao passe par ce qu'elle peut observer (son regard, son geste trop rapide) et interpréter — exactement comme le spectateur, placé dans la même position qu'elle. L'ambiguïté sur les intentions de Yao devient un ressort actif de la scène plutôt qu'une confusion de narration.
Défaut : information, dans sa variante inverse de l'extrait n°4 : ici, l'information est donnée trop tôt et trop frontalement, dissolvant l'unique ressort du film dès la deuxième réplique.
Raisonnement du diagnostic. Un court métrage construit tout entier sur un seul retournement ne peut se permettre de le donner d'entrée, en dialogue explicite, sans rien laisser à découvrir sur le reste de sa durée. La question qui devait porter tout le film — Bintou est-elle en deuil, en déni, en danger ? — est refermée à la troisième réplique.
Version réparée. Le fait de la mort n'est jamais dit en dialogue. Il se déduit d'indices comportementaux : la tasse de thé que Bintou remplit mais que Ndeye ne boit jamais, un voisin visible par la fenêtre qui salue Bintou d'un signe mais dont le regard traverse la chaise de Ndeye sans s'y arrêter, un calendrier mural avec une date entourée de rouge, jamais commentée. Bintou se comporte comme si tout était normal ; le spectateur assemble seul ce que personne ne dit.
Ce que la réparation change. Dans un film bâti sur un seul dévoilement, ce dévoilement est le film : le doser (par l'image, indirectement, en l'accumulant) plutôt que l'énoncer préserve le seul capital dramatique de l'objet.
Défaut : enjeu, dans sa variante la plus trompeuse : une scène de rupture, en apparence chargée, mais où rien de concret n'est réellement risqué par aucun des deux personnages.
Raisonnement du diagnostic. Les deux personnages sont d'accord à chaque réplique, rien n'est risqué (pas de bail à rompre, pas de tiers nommé, pas d'ultimatum), et la scène se termine exactement dans l'état émotionnel où elle a commencé. Un sujet dramatique en apparence fort (une rupture) ne suffit pas à créer un enjeu : sans coût concret attaché à chaque réplique, même une rupture reste plate.
Version réparée
Ce que la réparation change. Coralie a déjà agi (signé un bail) avant la scène : le rapport de force n'est plus symétrique, Adama découvre une décision prise, pas une hypothèse à discuter. L'enjeu devient formulable en une phrase — s'il ne convainc pas Coralie de renoncer maintenant, la rupture devient matérielle dans les jours qui viennent — et chaque réplique porte un coût réel plutôt qu'un accord mutuel poli.
N° | Titre / source | Défaut (grille) |
|---|---|---|
1 | La Dernière Marée — la promesse | Intention |
2 | La Dernière Marée — le conseil des pêcheurs | Enjeu |
3 | Zone Franche — l'interrogatoire | Progression |
4 | La Dernière Marée — le flash-back | Information (trop tard, trop résumé) |
5 | La Dernière Marée — le marché | Rythme |
6 | La Dernière Marée — le départ | Fin |
7 | Le Bon Numéro — l'open space | Point de vue |
8 | La Veillée — la grand-mère | Information (trop tôt, trop frontal) |
9 | Les Deux Rives — la rupture | Enjeu (variante sans coût) |
INT. CASE DES DIAGNE — CHAMBRE — NUIT
Elhadj Diagne, 60 ans, amaigri, respire difficilement sous un
drap. Ousmane est assis près du lit.
ELHADJ
Tu te souviens de la pirogue de mon père ?
OUSMANE
Elle s'appelait Ndeye Fatou.
ELHADJ
Trente-deux ans, cette pirogue. Trente-deux ans à sortir avant
le jour.
OUSMANE
Je sais, papa.
ELHADJ
La mer a pris mon père. Elle a pris mon frère. Elle ne prendra
pas mon fils.
Ousmane baisse la tête.
ELHADJ (CONT'D)
Promets-moi. Après moi, tu pars. Tu vas à Dakar, tu vas où tu
veux, mais tu pars de l'eau.
OUSMANE
Je te le promets, papa.
Elhadj ferme les yeux, soulagé.INT. CASE DES DIAGNE — CHAMBRE — NUIT
Elhadj Diagne, 60 ans, amaigri, agrippe le poignet d'Ousmane
d'une main plus ferme que son état ne le laisse deviner.
ELHADJ
Promets-moi.
OUSMANE
Papa, pas maintenant.
ELHADJ
Maintenant. Tu pars de l'eau.
OUSMANE
Je ne peux pas te promettre ça comme ça.
ELHADJ
Alors je ne te lâche pas.
Un silence. La prise ne faiblit pas. Ousmane cède, la voix
serrée.
OUSMANE
Je te le promets.
Elhadj relâche enfin sa main. Il ne dit pas merci.INT. MOSQUÉE / SALLE COMMUNE — GUET NDAR — JOUR
Mor Sarr, 58 ans, doyen, préside une réunion de huit pêcheurs
assis en cercle. Ousmane est présent, en retrait.
MOR SARR
Depuis l'affaire des eaux mauritaniennes, on n'a plus de tête.
Trois bateaux arrêtés, deux encore là-bas.
UN PÊCHEUR
Il faut quelqu'un pour parler à la Marine.
MOR SARR
Ousmane connaît les cartes. Son père les lui a apprises.
OUSMANE
Je ne sais pas si c'est à moi.
MOR SARR
On en discutera. Réfléchis-y.
La réunion se termine, les hommes se lèvent, discutent entre
eux en sortant.INT. MOSQUÉE / SALLE COMMUNE — GUET NDAR — JOUR
Mor Sarr, 58 ans, doyen, face à huit pêcheurs assis en cercle.
Ousmane est présent, en retrait. BABACAR FALL, 27 ans, est
debout, tendu.
MOR SARR
Ousmane connaît les cartes. Son père les lui a apprises.
BABACAR
Son père lui a surtout appris à partir. Toute Guet Ndar le
sait.
Un silence gêné. La mère d'Ousmane, présente au fond, baisse
les yeux.
MOR SARR
La Marine veut une réponse avant la prière de vendredi. Sans
accord signé, on perd la zone pour la saison.
BABACAR
Je suis prêt, moi.
MOR SARR
(à Ousmane)
Vendredi.
Ousmane ne répond pas. Tous les regards sont sur lui.INT. COMMISSARIAT — BUREAU D'INTERROGATOIRE — ABIDJAN — NUIT
L'inspecteur KOFFI, la quarantaine, fait face à DJENEBA, 29
ans, menottée à la table.
KOFFI
On sait que tu étais au port cette nuit-là.
DJENEBA
Je n'étais pas au port.
KOFFI
On a un témoin.
DJENEBA
Votre témoin ment.
KOFFI
Pourquoi il mentirait ?
DJENEBA
Je ne sais pas. Demandez-lui.
KOFFI
Tu étais au port.
DJENEBA
Je n'étais pas au port.
Un silence. Koffi se lève, sort un dossier, le repose sur la
table sans l'ouvrir.
KOFFI
On reprendra ça demain.
Il sort. Djeneba reste seule, impassible.INT. COMMISSARIAT — BUREAU D'INTERROGATOIRE — ABIDJAN — NUIT
KOFFI ouvre le dossier, en sort une photo, la fait glisser vers
DJENEBA.
KOFFI
Tu as dit à l'agent Touré que tu étais rentrée chez toi à
22h. Cette photo est horodatée 22h40. Au port.
Djeneba regarde la photo une seconde de trop.
DJENEBA
(la voix moins sûre)
C'est... une vieille photo.
KOFFI
(il referme le dossier)
On en reparle demain.
Il sort. Djeneba fixe le dossier fermé, la main légèrement
tremblante.EXT. OCÉAN — PIROGUE D'OUSMANE — AUBE (FLASH-BACK)
Ousmane, seul dans sa pirogue, regarde l'horizon. On ENTEND, en
voix off, la scène qu'il revit :
VOIX DE MOR SARR (O.S.)
Ils ont dépassé la ligne. Trois bateaux. La marine mauritanienne
les a arraisonnés à l'aube. Boubacar Sy et deux de ses hommes
sont en cellule à Nouadhibou depuis quatre jours. On ne sait pas
encore ce qu'ils risquent. Le consulat dit qu'il faut attendre.
Un second flash montre les hommes du village massés sur la
plage, inquiets, attendant des nouvelles.
VOIX DE MOR SARR (O.S.) (CONT'D)
Sans accord de pêche renouvelé, toute la flotte de Guet Ndar
perd sa zone pour la saison.
Retour au présent : Ousmane, le regard vide, reprend ses
filets.EXT. PLACE DU MARCHÉ — GUET NDAR — JOUR
Le marché du matin. AWA marchande du poisson avec une vendeuse.
VENDEUSE
Trois mille le kilo, pas moins.
AWA
Hier c'était deux mille cinq.
VENDEUSE
Hier il y avait plus de bateaux sortis.
Elles négocient encore. Awa finit par payer. Elle croise VIEUX
LAMINE qui pousse une brouette.
VIEUX LAMINE
Awa ! Comment va ton père ?
AWA
Il tient, Vieux Lamine.
VIEUX LAMINE
Dis-lui que je prie pour lui.
Awa continue son chemin, croise deux enfants qui jouent au
ballon, les évite. Elle arrive devant la boutique de MARIÈME.
MARIÈME
Awa ! Tu as entendu pour les bateaux ?
AWA
Quels bateaux ?
MARIÈME
Ceux de Boubacar Sy. Arrêtés côté mauritanien.
Awa s'arrête, inquiète.EXT. DEVANT LA BOUTIQUE DE MARIÈME — GUET NDAR — JOUR
Awa arrive, un sac de poisson à la main.
MARIÈME
Awa ! Tu as entendu pour les bateaux de Boubacar Sy ?
AWA
Quels bateaux ?
MARIÈME
Arrêtés côté mauritanien, ce matin.
Awa lâche presque son sac.
AWA
Il faut que je prévienne mon frère.
Elle repart en courant.EXT. PLAGE — GUET NDAR — AUBE
Les pirogues sont alignées, prêtes à partir. Mor Sarr s'approche
d'Ousmane.
MOR SARR
Alors ?
OUSMANE
Je vais le faire.
MOR SARR
Bien.
Ousmane monte dans la pirogue de tête. Les hommes le suivent.
Les pirogues partent vers le large, une à une.
Awa regarde depuis la plage, sourit.
FIN.EXT. CIMETIÈRE — GUET NDAR — AUBE
Ousmane, seul, s'accroupit devant la tombe de son père. Il y
dépose la vieille boussole d'Elhadj.
OUSMANE
(bas)
Je reste. Mais aucun fils n'ira plus loin que la ligne qui t'a
pris.
Il se relève.
EXT. PLAGE — GUET NDAR — AUBE
Les pirogues sont alignées. Babacar est parmi les hommes,
visage fermé, mais présent. Ousmane monte dans la pirogue de
tête. Les pirogues partent vers le large.
Awa regarde depuis la plage. Elle tient un téléphone, un
message à moitié écrit pour Fatou, jamais envoyé.INT. OPEN SPACE — AGENCE DE COMMUNICATION — ABIDJAN — JOUR
KADY, 26 ans, tape un mail, stressée par une deadline. Elle
pense : si je n'envoie pas ce brief avant midi, je perds le
client. À l'autre bout de l'open space, YAO, 30 ans, la regarde
sans qu'elle le sache, se demandant s'il doit lui proposer de
l'aide ou si ça la vexerait. Kady lève les yeux, croise le
regard de Yao, ne comprend pas pourquoi il la fixe ainsi, pense
qu'il la juge. Yao, gêné, se replonge dans son écran, regrettant
de ne pas avoir simplement parlé.
KADY
(à elle-même)
Midi. Il me reste deux heures.INT. OPEN SPACE — AGENCE DE COMMUNICATION — ABIDJAN — JOUR
Kady tape, les yeux rivés sur l'horloge du coin de l'écran.
11h58.
Elle sent un regard. Lève les yeux : Yao, à son bureau, la
fixe. Il détourne aussitôt les yeux vers son écran, trop vite
pour que ce soit naturel.
Kady fronce les sourcils, revient à son mail.
KADY
(à elle-même)
Deux heures.INT. CASE — ZIGUINCHOR — NUIT
BINTOU, 19 ans, rentre chez elle. Sa grand-mère, NDEYE, est
assise, tricote.
NDEYE
Tu sais que je suis morte il y a trois jours, n'est-ce pas ?
BINTOU
(sans surprise)
Oui, Grand-mère.
NDEYE
Alors pourquoi tu me parles encore comme si de rien n'était ?
BINTOU
Parce que je ne veux pas que tu partes.
Elles continuent de discuter normalement de la récolte.INT. APPARTEMENT — ABIDJAN — SOIR
ADAMA et CORALIE, la trentaine, assis de part et d'autre d'une
table basse.
ADAMA
On devrait peut-être faire une pause.
CORALIE
Peut-être.
ADAMA
Je t'aime toujours, tu sais.
CORALIE
Moi aussi.
ADAMA
On verra comment on se sent dans quelques semaines.
CORALIE
D'accord.
Ils se regardent, calmes.INT. APPARTEMENT — ABIDJAN — SOIR
ADAMA et CORALIE, la trentaine, assis de part et d'autre d'une
table basse. Un trousseau de clés neuf est posé entre eux.
ADAMA
C'est quoi, ça ?
CORALIE
J'ai signé pour un studio. La semaine dernière.
ADAMA
Sans m'en parler.
CORALIE
Je t'en parle maintenant.
ADAMA
(après un silence)
Tu veux que j'annule quoi, exactement ?
CORALIE
Je ne te demande pas d'annuler quoi que ce soit.
Adama regarde les clés, ne les touche pas.