« J'ai envoyé mon dossier à trois fonds, je n'ai eu aucune réponse et je ne sais pas ce qui n'allait pas. » Cette phrase, entendue presque mot pour mot dans le milieu du cinéma d'auteur ouest-africain, décrit une situation qui n'est presque jamais un mystère pour un lecteur professionnel. Les dossiers qui échouent échouent, la plupart du temps, pour l'une de six raisons récurrentes — et ces six raisons sont observables, nommables, et évitables une fois qu'on sait les chercher.
C'est le défaut le plus fréquent, et celui autour duquel tout le chapitre 2 de ce cours est construit. Un auteur explique pourquoi le sujet lui tient à cœur, ce qu'il a vécu, ce qui l'a poussé à écrire ce film — et ne dit jamais comment il compte le filmer. Le lecteur referme le dossier en sachant pourquoi l'auteur veut faire ce film, sans savoir à quoi le film ressemblera.
Proche du premier mais distinct : un texte peut éviter le lyrisme personnel et rester, malgré tout, vague — des mots comme « sensibilité », « justesse », « authenticité » sans qu'aucune décision concrète de mise en scène ne les rende vérifiables. Le lecteur ne peut rien opposer à ces mots, ni les confirmer : ils ne construisent rien de vérifiable dans son esprit.
Un synopsis qui fait dix pages et se comporte comme un traitement. Un traitement qui bascule en scénario, avec des dialogues développés. Une note d'intention qui redit le synopsis en changeant à peine le vocabulaire. Chaque pièce du dossier a une fonction propre — ce sera l'objet du chapitre 3 — et un lecteur qui ne parvient pas à distinguer, à la lecture, à quelle pièce il a affaire perd rapidement confiance dans la maîtrise professionnelle de l'auteur.
Le même texte, envoyé sans adaptation à un producteur, un fonds, un festival et une école, ignore que chacun cherche autre chose et lit dans des conditions différentes — ce qui a été posé à la leçon précédente et sera développé au chapitre 4. Un dossier non adressé n'est pas nécessairement mauvais : il est simplement écrit pour personne en particulier, ce qui, pour un lecteur qui instruit des dizaines de dossiers correctement adressés par ailleurs, se remarque.
Une planche de références visuelles — que ce cours nomme la note visuelle — accumulée sans que l'auteur explique ce qu'il en retient précisément. Trente images de référence, sans une phrase pour dire ce que chacune apporte au projet, ne montrent pas un parti pris : elles montrent un goût, ce qui est très différent aux yeux d'un lecteur. Le chapitre 3 y revient en détail.
Un synopsis qui promet un film contemplatif et une note d'intention qui décrit un montage nerveux. Une note visuelle aux couleurs saturées pour un projet dont la note d'intention annonce une lumière naturaliste et sobre. Ces contradictions, souvent minimes prises isolément, s'additionnent dans l'esprit du lecteur en un doute plus général : si les pièces du dossier ne s'accordent pas entre elles, le projet lui-même paraît moins abouti qu'il ne l'est peut-être réellement.
Aucun de ces six défauts n'est un problème de talent ou de qualité d'écriture au sens littéraire. Ce sont des défauts de méthode et de destination : ils apparaissent quand un texte, par ailleurs bien écrit, ne répond pas à ce que son lecteur cherche réellement, dans les conditions réelles où il le lit. C'est précisément parce que ces défauts sont méthodiques, et non stylistiques, que ce cours peut les enseigner de façon systématique — et que vous pouvez les corriger, dans votre propre dossier, sans attendre d'être un meilleur écrivain.
L'étude de cas qui suit vous met en position de lecteur : trois dossiers réels, adressés à trois destinataires différents, à départager comme le ferait un comité de lecture pressé.