Un étudiant nous a un jour rendu, en temps limité, un texte qui commentait un extrait de film en cherchant à tout prix à le confronter à un « corpus » et à une « problématique de session », alors que le sujet ne demandait rien de tel : il demandait un commentaire de deux supports, où le film devait être mis en regard d'un second document précis, pas convoqué au sein d'une culture générale. Résultat : une copie hors sujet, malgré un travail d'analyse réel et une écriture correcte. La cause n'était pas un manque de compétence, mais une confusion entre deux exercices qui se ressemblent en apparence — tous deux portent sur un objet audiovisuel, tous deux sont écrits, tous deux sont chronométrés — et qui n'ont presque rien en commun dans leur logique interne.
L'épreuve E1/U1 de culture audiovisuelle et artistique, évaluée en contrôle en cours de formation, comporte deux situations d'évaluation distinctes. La première est un essai organisé et argumenté sur une problématique culturelle, d'une durée conseillée de 2h30 : vous partez d'une question générale, liée au thème de session en vigueur, et vous construisez une démonstration appuyée sur des œuvres que vous convoquez vous-même, de mémoire, à partir d'un corpus personnel constitué en amont. Aucun support n'est fourni le jour de l'épreuve pour cet exercice : c'est votre culture, organisée et mobilisée, qui fait la matière de la copie.
La seconde situation est un commentaire écrit de deux supports de nature différente : obligatoirement un support audiovisuel, qui pèse la moitié de la note, et au choix un second support — textuel, ou une image fixe, ou un support exclusivement sonore — qui pèse l'autre moitié. Ici, contrairement à l'essai, les supports sont fournis le jour de l'épreuve. Vous ne convoquez pas une culture large : vous articulez deux documents précis, mis sous vos yeux, dans une copie unique qui les fait dialoguer. La durée totale conseillée est de 3h.
Le symptôme le plus fréquent en entraînement, on l'a vu, c'est le mélange des deux logiques : un étudiant qui, face à un commentaire de deux supports, se met à convoquer trois ou quatre œuvres extérieures non demandées, au lieu de rester concentré sur les deux documents fournis. Il croit enrichir sa copie ; il la dilue et, souvent, sort du sujet. Symétriquement, face à un essai argumenté, un étudiant qui n'a en tête qu'un seul film et tente de faire tenir toute sa démonstration sur ce seul exemple, faute de corpus personnel suffisant — nous traiterons ce point au chapitre 3 — produit une copie pauvre, qui tourne en boucle autour du même objet.
Pourquoi cela coûte des points : dans les deux cas, le correcteur évalue d'abord l'adéquation au format demandé. Une copie brillante mais qui traite l'essai comme un commentaire de support, ou l'inverse, part avec un handicap dont elle ne se relève pas, quelle que soit la qualité de l'analyse produite ensuite. La grille de correction — nous la détaillerons au chapitre 5 — sanctionne spécifiquement cette confusion, indépendamment du contenu.
Ce qu'il fallait faire, dans les deux cas cités, c'est une lecture de l'énoncé avant toute rédaction — c'est l'objet de la leçon suivante — qui identifie sans ambiguïté : y a-t-il un support fourni, ou dois-je convoquer ma propre culture ? Si un support est fourni et qu'un second document l'accompagne, c'est un commentaire de deux supports : je reste sur ces deux documents, je ne vais pas chercher ailleurs. Si aucun support n'est fourni et que la question porte sur une problématique générale, c'est un essai argumenté : je dois avoir en réserve plusieurs œuvres exploitables, pas une seule.
Un mot, enfin, sur les deux autres formats que vous rencontrerez dans votre parcours. En épreuve ponctuelle, ces deux logiques se retrouvent fusionnées dans un exercice unique de 4 heures, précédé de 30 minutes de lecture et de visionnement, présenté comme une analyse d'un produit artistique dans la logique du commentaire littéraire. Et la culture audiovisuelle et artistique est également réinvestie, hors de cette épreuve, dans l'épreuve professionnelle de synthèse : nous y reviendrons à la fin de ce chapitre.
La leçon suivante s'attarde précisément sur cette première étape déterminante : que dit exactement un énoncé, et comment le lire pour ne jamais se tromper d'exercice avant même d'avoir écrit une ligne.